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 Sujet du message : La symbolique de l'alphabet daedrique
Message Publié : 13 Déc 2015, 04:38 
Ponihn
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La symbolique de l'alphabet daedrique
par Llevndryn Sershilavu de la Maison Arador Dayn


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C’est d’une simple estampe, d’un frottis fait à l’aide d’un vélin apposé sur une gravure, que partit une réflexion dont les implications allaient vite me dépasser.

Dans quelque vielle collection empoussiérée d’ouvrages que les siècles ont accumulé, un peu par hasard, dans un grenier dont le Pacte a rendu une Argonienne gâteuse propriétaire, une pile plus singulière que les autres, attira mon attention. Il y avait là, et je m’en aperçu bientôt dans toute la collection, une diversité d’objets saisissante tant ils semblaient tous issus d’une plage de périodes et de lieux remarquablement large. Quelques broutilles partageaient ici le sommet d’une caisse avec certains volumes dont l’encre ne laissait plus que deviner la trace passée de vers bucoliques couchés au côté d’annotations soignées. Sans doute était-ce là une collection familiale qui avait, au fil des ans, été peu à peu abandonnée aux ténèbres et à l’odeur de foin de cette pièce.

Mais alors que je fouillai sous l’œil de l’Argonienne, que certaines histoires m’obligent à qualifier de lubrique, j’arrêtai mon attention sur un rouleau gris et cireux qui semblait avoir subi une quantité non négligeable de dégâts. Me penchant prêt d’une fente dans le plancher pour profiter un peu de la lumière qui s’y glissait, je déroulai le document et chaque parcelle de papier lentement découverte me procurait une surprise mêlée d’excitation que j’exprimai finalement en un court soupir pour que mon souffle ne vienne pas abîmer la surface qui ne l’était déjà que trop.

Je tenais entre mes mains, comme une vague note en bas de page me le confirmerait, un témoin précieux et rare comme il n’y en avait que dans les bibliothèques les plus protégées de Tamriel : le frottis d’une inscription deadrique effectuée directement en Oblivion.

Je m’empressai d’en offrir un bon prix au lézard avant d’embarquer ce rouleau et quelques autres documents au manoir. Le reste fut chargé dans une malle, mais le rouleau je le gardai sur moi afin de pouvoir l’étudier pendant le voyage. Les quelques heures que celui-ci dura m’offrir encore plusieurs surprises alors que je trouvai dans les courbes des signes quelques détails que j’aurais juré ne pas pouvoir lorgner sur une gravure originales des royaumes de l’Oblivion. Mais l’authenticité du document n’était pas en cause, j’ai pris maints soins pour le vérifier.

Je vais tâcher ici de reporter ces détails qui me troublèrent dès les premières heures de mon trajet et encore après être arrivé au manoir, et de construire une réflexion complète sur les incidences qu’ils provoquent sur notre savoir.

Tout d’abord et avant de rentrer dans le cœur du sujet, je décrirai le document comme rapportant un texte court écrit avec l’alphabet daedrique, probablement sur une paroi mural. Les phrases sont écrites à la verticale, de haut en bas, sans autre mise en forme. Le contenu de ce texte n’a ici guère d’importance et c’est sur sa forme que va se concentrer cette étude.

Comme le met en évidence l’illustration ci-dessous, nous, les Dunmers, avons coutume de mettre en forme nos textes, non seulement en écrivant les mots de haut en bas, les colonnes ainsi formées par les phrases se lisant de la gauche vers la droite, mais également de les disposer en grappe, c’est-à-dire en colorant et grandissant la première lettre de chaque paragraphe, voire en la plaçant autre part, sur la colonne dont elle provient, qu’au haut de celle-ci.
1 La liberté de placement étant elle-même dépendante de la longueur du texte en question.

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THE THRICE SEALED HOUSE WITHSTANDS THE STORM

Le texte copié par l’estampe fait fi de cet esthétisme et ne dispose ses mots que de haut en bas puis de gauche à droite, une preuve, certes peu nécessaire, que le travail n’est pas l’œuvre d’un Dunmer qui aurait d’autant plus prit la peine d’une mise en forme pour une gravure.

Les Daedra donc, gravent eux-mêmes ces lettres. Avant d’aller plus loin, j’aimerais que le lecteur ait cette même réflexion qui m’absorba arrivé à ce stade. À quoi sert cet alphabet aux Daedra ? Il n’est fait mention nulle part, à ma connaissance, d’écrit daedriques en dehors des gravures que l’on peut trouver en certains endroits de l’Oblivion. Herma Mora lui-même ne ferait qu’accumuler les savoirs couchés sur le papier par les mortels.

Cette réflexion ne me lâcha plus l’esprit et j’en vins à me demander si les Daedroth partageaient une langue. Après tout, il serait bien étrange de posséder un alphabet qui n’a pas de langue. L’idée que ces signes puissent receler un potentiel magique m’effleura sans vraiment me convaincre.

Mes recherches m’amenèrent dans un premier temps à essayer de trouver des traces de cette langue dans les noms de Princes Daedroth, en comparant notamment le nom des lettres de cet alphabet avec les modules phonétiques se trouvant dans ces patronymes, en vain.

Fixant alors les lettres de l’estampe en quête de nouvelles pistes, un détail intriguant qui avait déjà éveillé mon attention lors du trajet de retour refit surface. La présence, sur un frotti de gravure original d’Oblivion, des empattements caractéristiques de l’alphabet daedrique. Quel étonnement là-dedans, me direz-vous. Eh bien j’avais déjà réfléchi à la question avant que ce document ne tombe entre mes mains et j’étais arrivé à la conclusion qu’il ne devrait point y en avoir sur les gravures en Oblivion. Je m’explique. Les empattements caractéristiques de l’alphabet daedrique se trouvant sur la partie supérieure de toutes les lettres non verticales, par opposition aux lettres verticales comme le
Iya ou le Zyr (exception faite du Xayah et du Yahkem, mais je reviendrai en détails sur ces deux cas), et que nous reproduisons aujourd’hui avec fidélité, sont enfants d’un phénomène cocasse se produisant sur les alphabets dont l’écriture se fait sur papier ou sur pierre.

En effet, ces empattements sont originellement involontaires et s’insinuent au sein des symboles de deux manières. La première, lorsque le signe est écrit à l’aide d’une plume et d’encre, voit l’endroit où le dit-signe est commencé recevoir un peu plus d’encre que le reste du motif, car la plume s’y attarde légèrement plus longuement. La deuxième manière qu’ont ces empattements de se loger sur les lettres reprend le même principe mais cette fois-ci sur la pierre. C’est l’attaque du ciseau qui marquera plus la lettre en son point d’origine.

Pas de problème alors dans le cas des lettres daedrique en Oblivion puisqu’elles sont gravée et que la marque du ciseau explique donc aussi bien ces empattements. Eh bien, en fait, il y a bien un problème. Peu d’observations, si ce n’est aucune, peuvent le rapporter, mais il est assez improbables que les Daedra gravent les inscriptions de leurs murs. Dessiner ces signes à l’aide de la magie semble chose plus probable au royaume de l’Oubli. Car qui peut se vanter d’avoir déjà aperçu un Daedroth un ciseau à la main ? Les courbes prononcées que portes les lettres de cet alphabet tendent elles aussi vers l’hypothèse de la gravure magique, car le matériau nécessite des lignes franches sans quoi l’exercice est bien malaisé. L’origine runique de l’alphabet daedrique est donc à écarter.

Je parlais plus haut d’une exception dont étaient sujettes les lettres
Xayah et Yahkem. L’histoire de ces deux lettres2 témoigne d’une version plus ancienne de l’alphabet daedrique que nous utilisons. Le style est clairement, et sans doute à dessein, différent. Le basculement de l’empattement, qui passe pour ces lettres du haut au bas, manifeste une volonté de renouveau presque provocatrice. Il ne serait pas étonnant qu’elles soient l’héritage d’un argot écrit, en vogue chez les jeunes Dunmers de l’époque. La deuxième façon d’écrire chacune de ces lettres peut quant à elle témoigner d’une adaptation régionale, sans doute plus conservatrice dans le cas du Yahkem où l’empattement supérieur est restauré, et simplement différente, peut-être à cause d’un autre matériel de calligraphie, dans le cas du Xayah.

Ayem, Doht, Hekem, et Jeb peuvent tous quatre être écrits dans les deux sens suivant une symétrie horizontale. Ceci est également le signe de préférences culturelles s’étant approprié certains usages d’écriture.

Ce que cela nous apprend, c’est que cet alphabet a évolué et s’est transformé avec l’utilisation qu’en faisaient les Chimers puis les Dunmers. Un autre exemple flagrant est peut-être la lettre
Quam. Cette dernière, autant que mes connaissances me permettent d’en juger, n’est présente dans aucun de nos mots, mais seulement dans certains noms propres. Sa figure, tout aussi clairement détachée du style des autres lettres (une boucle fermée par deux courbes concaves) semble faire pencher en faveur d’un symbole familial, peut-être une simplification d’armoiries, intégré tardivement à l’alphabet.

Un exemple bien connu, sans que jamais personne ne s’y soit vraiment penché, d’appropriation de l’alphabet daedrique par les Dunmers (et les Chimers avant eux), réside dans les lettres Trois-en-Un,
Ayem, Seth (parfois Sehti), Vehk.3 L’Histoire ne dit pas si l’ALMSIVI prit les noms des lettres ou les leur donna.

De plus en plus convaincu que l’alphabet daedrique tel qu’il est, semble subir les mêmes circonvolutions que tous les autres alphabets tamrieliques, j’en vins à me demander ce qu’il reste de daedrique dans ces signes et alors l’idée m’apparait de traiter les lettres qui le composent comme s’il s’agissait d’un alphabet tamrielique à part entière. Selon nombre d’érudits, les lettres des alphabets de Tamriel prendraient leurs formes dans de vieux dessins qui, à force d’être reproduits, perdant à chaque fois en détail dans un souci de gain de temps, se seraient transformés en les lettres qu’ils sont à présent. En d’autres termes, elles étaient idéogrammes avant d’être phonogrammes.

Il ne me faut guerre de temps pour repérer la forme dont les illustrations ne sont pas inconnues des portes de l’Oblivion que les adorateurs, notamment de Mehrunes Dagon, utilisent pour créer un pont entre ce monde et les Terre Mortes. Celle-ci se trouve bien entendu dans le
Oht qui est même toujours utilisé pour symboliser ces portes.

Toutes les lettres n’ont pas la clarté d’un
Oht, et certaines manquent de documentation pour retracer leur forme d’origine. Je vais cependant exposer mes recherches pour trois lettres. Le procédé que j’ai utilisé est le suivant. Il faut savoir qu’une lettre est un symbole que l’on associe à un son. Comme l’écriture est apparue après les mots et que, comme je le disais plus haut, elle est composée de lettres qui, à la base, seraient des dessins, on peut supposer que le mot qui désigne le dessin d’origine d’une lettre commence par le son qui est associé à cette lettre. Par exemple, si le dessin d’origine de la lettre Geth représentait un guar, le son qui lui serait associé serait celui qui débute le mot guar, soit /g/.

J’explore avec les trois lettres qui suivent des pistes qui pourraient permettre de remonter au sens du mot qui donna probablement son nom à la lettre et qui était représenté en idéogramme. On peut imaginer que les premiers mots dans lesquels elle fut utilisée sont liés par un champ lexical proche du mot d’origine. C’est une hypothèse que j’utilise dans cette méthode.


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Doht
Il faut, selon moi, voir dans Doht la même chose que dans Oht : une porte. Cependant, un détail important est cette protubérance intérieure dans laquelle je vois un verrou qui interdirait l’accès à un mal. Quelques mots anciens commençant par cette lettre et ce son m’amènent d’abords vers cette idée de porte : devohr (entre), devehr (de, provenance), damjulan (à travers). L’interdit, le mal, est ensuite suscité par les mots dun (maudit), dwe (profond), demid (blasphèmer), devadurid (diviser). Il est intéressant de souligner l’allitération dans ce dernier. Un autre mot qui pourrait mener à cette idée, étonnant d’un premier abord, est daedra. Étonnant car en dunmeri il signifie "nos vrais ancêtres" et que l’idée de mal n’est alors pas présente, mais il faut garder à l’esprit que le dunmeri descend de l’aldemri et qu’en cette langue, daedra signifie "pas nos ancêtres". Le Doht a donc ici fonction de négation.


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Cess
Le Cess représenterait selon ma théorie la droiture, la verticalité, autant physique, comme dans le cas d’un rempart, que dans un rôle de protecteur. C’est bien un rempart qui, je pense, est ici représenté. Les mots suivants appuient cette idée : chap’thil (garde), card (ancêtre), cornayn (appel à la bataille), citha (colline).


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Roht
Une tête au bout d’un cou, voilà ce que le Roht semble symboliser. Ce son guttural se retrouve en début des mots ruhn (foyer), rouansho (rêverie) et rouan (ciel) qui partagent une même racine, et ruhrtukh (crochet à serrure) dont la forme pourrait aussi bien être celle d’origine de la lettre.


L’exercice peut être continué pour d’autres lettres et sans doute celles qui ne donnent pas de résultat ont simplement perdu leur secret au fil des siècles. Les quelques affinités avec d’autres alphabets comme celui des Dwemers et sa variante plus courbée ayléide pourrait également être mises en avant, notamment en ce qui concerne le nombre de lettres et certaines ressemblances graphiques. Tout ceci accuse une évidence qui vint peu à peu s’imposer à moi et que je couche à présent sur le papier en utilisant, comme enfermé entre ces traits, le fameux alphabet. Cette évidence, c’est que l’alphabet que nous appelons daedrique est profondément tamrielique. Sa disposition même est apprêtée à la lecture d’yeux mortels. Les virages que l’Histoire lui a fait prendre, les transformations, les ajouts, ses imperfections, les points que j’ai cité et plus encore indiquent une origine mortelle.

On dit que les Daedra sont incapables de créer, mais qu’ils sont d’excellents immitateurs.
4 Peut-être est-ce ceux-là qui se sont approprié cet alphabet et non le contraire. Comme les Tribuns ont pris ou donné leurs noms à des lettres, il est possible qu’elles recèlent une force que nous ne percevons pas, et que seuls les dieux voient.

Reste que les Daedra doivent avoir besoin d’une langue pour communiquer. Utilisent-ils les nôtres comme ils utilisent notre alphabet ? Il se peut que je me trompe et que l’origine de notre alphabet se trouve tout de même en Oblivion, sous une forme plus ancienne encore, et que les Daedra, pour une raison qui m’échappe, auraient imité les adaptations que nous en faisons. Mais pour l’heure, tant que je ne verrai pas trace de ces formes embryonnaires en Oblivion et qu’à la place je continue de trouver dans les frottis ramenés de l’Oubli, des
Xayah, Yahkem ou bien des Quam, alors j’appellerai cet alphabet l’alphabet chimeri.

____________
1 Les pages non officielles sur les Parchemins des Anciens : Alphabet daedrique
2 La Bibliothèque Impériale : Alphabet daedrique
3 36 Leçons de Vivec, 1er Sermon
4 Les pages non officielles sur les Parchemins des Anciens : Le Laboratoire Infâme
 
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